Classer les musiques que j'aime ? Difficile !

 

Pourquoi choisit-on un style plutôt qu’un autre ?

Je n’ai jamais vécu dans un entourage sectaire, mes parents étaient ouverts, j’ai écouté de tout et aimé des choses variées très tôt. Cependant, je me souviens que déjà petite, j’avais des goûts bien affirmés.

Sans parler de ce que l’on aime un peu, sans plus, ou de ce qui nous laisse carrément indifférent, j’éprouvais des cris du cœur, des grands « oui ! », des « non » catégoriques pour certains morceaux. Avec l’âge mes goûts ont évolué, mais si j’ai pu changer d’avis parfois, les cris du cœur sont restés les mêmes. Il est même surprenant en réécoutant un morceau des années après, de sentir à quel point les souvenirs ressurgissent en masse ; je parle des souvenirs-sensations qui mêlent à la fois lumière, odeur, états d’âme, goût et ambiance…

Les albums de Didier Lockwood  restent pour moi, et ce depuis plus de dix ans, associés à la fraîcheur de l’automne pluvieux et gris de ma première année universitaire, et je trouve à Louis Arti une odeur de feuilles mortes et de petits pois…

La Fantaise pour un Gentilhomme de J. Rodrigo  joué par James Galway a la chaleur d’un feu de cheminée à la tombée de la nuit, et Wig a Wag une ambiance d’air marin piquant mêlé aux moules-frites sur fond de brouhaha de foule et des pas rythmés des danseurs sur le parquet.

Ces souvenirs sont précieux car lorsque le monde change autour de moi et me déboussole, ils me font savoir qu’au plus profond de moi restent ancrées des certitudes immuables. Les styles que j’apprécie et choisis sont fonction d’un besoin du moment.

 

Les habitudes, l’environnement musical, la formation de l’oreille et la culture sont donc des éléments qui peuvent prédisposer à certains choix et à certaines tendances.

Mais ce ne sont pas les seules raisons, à mon avis, sinon l’évolution musicale d’une génération à une autre serait beaucoup plus lente…

J’ai le sentiment que la diversité de tout ce que j’écoute et aime n’est pas seulement un plaquage de toute la palette de couleurs qu’on m’a proposée et faite entendre et dans laquelle j’aurais choisi mes propres teintes. Le sentiment que des choix variés ne signifient pas une variété de goûts, ou pire des goûts qui ne seraient pas affirmés, une sorte de superficialité ou un manque de caractère …

Au contraire je suis maintenant convaincue que les choix sont dictés par un désir profond qui se trouve en nous.

A un moment donné, quels que soient les morceaux que j’écoute et quels que soient les styles auxquels ils appartiennent, ils répondent à un même besoin, à une envie de ressentir des émotions particulières. Ce ressenti profond est un fil conducteur qui reliera toutes les musiques entre elles.

On ne peut pas comprendre ce qui rapproche Carmen de G.Bizet, du jazz de R . Galliano et d’un tango musette, si on n’est pas touché par ce rythme lancinant de habanera qui est présent dans les deux premiers, et dont dérive le tango argentin du troisième.

Si j’aime deux musiques que tout oppose a priori, c’est qu’il y a une chose même infime qui les rassemble et me correspond.

Les besoins peuvent être différents selon les humeurs, et c’est pourquoi j’ai précisé plus haut « à un moment donné ».

Je sais que le jour où je tâtonne dans ma discothèque comme une boulimique dans son frigo, et que j’écoute tout et n’importe quoi sans trouver de quoi me rassasier, c’est que j’ai une hésitation à régler par ailleurs, et que la musique ne me sera d’aucun secours cette fois là.

Les grands « oui », dont j’ai parlé auparavant sont des musiques de grandes occasions, ce sont elles qui m’apaiseront ou me soûleront en période de grande émotion, des jours de frénésie joyeuse ou de profond chagrin.

Celles que j’aime beaucoup m’accompagnent tous les jours et celles que j’apprécie sans plus (j’en possède peu) sont réservées aux jours de ménage. Je les appelle « musiques de supermarché » parce qu’elles me font l’effet de ces chansons passées en boucle et qu’on entend sans les écouter en poussant son caddie. Suscitant l’indifférence…une insulte à la musique en quelque sorte, comme un conteur à qui on tournerait ostensiblement le dos, comme un petit graffiti contre un mur…

Vous êtes vous jamais demandé à quoi ou à qui servait cette musique dont tout le monde semble se ficher éperdument ? A part peut-être à deux ou trois fadas, dont je fais partie, qui tendent l’oreille en espérant autre chose, et qui se retrouvent avec la larme à l’œil au rayon charcuterie parce que justement ils entendent la chanson qui les fait vibrer à cet instant ?

 

Quels que soient les styles donc, la musique est chargée d’affect. D’une part celui du compositeur, d’autres parts l’affect qu’y mettent l’interprète et l’auditeur, et qui appartient à chacun.

La musique que j’écoute arrive finalement à mes oreilles lourde d’histoire et de signification.

J’y ajoute encore une couche de mon ressenti, de mon histoire, du vécu, de l’humeur et des sentiments du moment, ces fameuses correspondances.

Cette musique pour moi ne sera plus jamais la même par la suite.

Elle gardera à jamais l’empreinte de cette première fois, de cette première découverte.

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 22/10/2009

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